Mais que sont nos rivières devenues ?

Par Fabrice Nicolino – Les Cahiers de Saint-Lambert – Numéro 9
Elles accompagnent la vie humaine depuis toujours, elles sont souvent encore magnifiques. Et pourtant ! Les rivières de France et du monde paient un lourd tribut aux activités industrielles et agricoles. Polluées, exténuées, gaspillées, nos eaux sont souvent dans un piteux état. Des solutions existent pourtant, qui passent par un maître mot : le respect.

Nostalgie. Le mot n’est pas très bien porté, mais il est pourtant magnifique. Entré dans notre langue en 1759, découvert par des médecins dans le latin scientifique moderne, il évoque presque la maladie. Il est vrai que ses deux racines grecques – nostos et algos – associent l’idée de retour et celle de tristesse. Se retourner, sur soi, sur son passé, sur le passé commun, fût-il imaginaire, rendrait chagrin.
Et c’est assurément vrai pour qui songe au sort de nos fleuves et rivières. Pour s’en tenir à la France, l’examen des célèbres cartes de Cassini (1) fait mesurer combien nous avons détruit, et surtout depuis deux siècles. Mais commençons par présenter l’œuvre. César-François et son fils Jean-Dominique ont mené un travail pionnier, étendu entre 1756 et 1789, qui fut la première carte géométrique couvrant la France entière, s’appuyant notamment sur la triangulation. Ce ne fut pas seulement un exploit technique, mais aussi une œuvre profondément esthétique. En parcourir aujourd’hui certaines parties montre à quel point le paysage a été bouleversé. L’un des exemples les plus étonnants est probablement celui du Rhin entre Bâle et Strasbourg. Le Rhin était alors tout fou, divagant, étendant ses eaux sur des kilomètres de forêts ripisylves, c’est-à-dire le long du cours. Certaines gravures en couleur de l’époque montrent des paysages de rêve, ondoyants, changeants, débordant de vie. Il ne faut pas cacher pour autant qu’une rivière vivante est parfois difficile, voire impossible, à supporter. Ses crues peuvent dévaster, son lit peut se déplacer sur des centaines de mètres, parfois des kilomètres, obligeant les hommes à s’adapter à leur fantaisie.

La suite de l’article dans les Cahiers N°9


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