La sobriété signifie la beauté

Entretien avec Pierre Rabhi
Par Fabrice Nicolino – Les Cahiers de Saint-Lambert – Numéro 9
Pierre Rabhi est un paysan-philosophe qui inspire désormais des milliers de citoyens conscients qu’il faut changer. Cet homme rare, venu d’un autre monde, d’une autre culture, d’une autre religion, a finalement planté ses racines en Ardèche, dans une ferme minuscule. Et nous invite à réfléchir, puis à agir. Les Cahiers sont fiers de l’accueillir.

Les Cahiers : Bonjour Pierre Rabhi. On se précipite désormais aux conférences que vous donnez partout en France. Dans la petite ville du Vigan, 1200 personnes s’étaient inscrites, et il a fallu vous faie venir deux fois ! Vous êtes né en 1938 à Kenadsa, une oasis du sud algérien. Vous souvenez-vous des odeurs, des couleurs, des images ? Et de votre père ?
Pierre Rabhi : Kenadsa, c’est d’abord une cité de terre et un minaret blanc au cœur d’un espace désertique, et une grande colline rocheuse barrant l’horizon. Une oasis tranquille fondée par un thaumaturge soufi du XVIIe siècle, dont l’enseignement magistral prônait déjà la non-violence lorsqu’il décida d’y installer ses pénates. Quant à mon père, musicien et forgeron, il disposait de multiples talents. Il était poète, puisqu’il composait des chansons qu’il accompagnait de son oud [un instrument à cordes, NDLR]. Forgeron, il était devenu ensuite horloger, car il se recyclait très facilement.

Cette intelligence manuelle était accompagnée de celle de l’esprit.
Tout à fait. Il s’intéressait à la fois à des questions abstraites, voire ésotériques – sans que j’en aie la certitude – mais aussi aux activités de son atelier. J’ai gardé un souvenir très net des odeurs du lieu où mon père manipulait le feu : pour l’enfant que j’étais, il était une sorte de démiurge. J’étais très fier d’être le fils de cet homme.

La suite de l’article dans les Cahiers N°9


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