Par Fabrice Nicolino – Les Cahiers de Saint-Lambert – Numéro 5
Entretien avec Jean-François Caron
Jean-François Caron dirige Loos-en-Gohelle, une commune du Pas-de-Calais marquée par la mine et d’immenses terrils qui dominent l’horizon. Cet étonnant écologiste déborde de curiosité et d’attention pour les hommes et leur peine. Pour les animaux et les plantes. Pour les enjeux locaux et planétaires. Quel voyage !
Les Cahiers : Vous êtes maire de la ville, mais êtes-vous né à Loos-en-Gohelle ?
Jean-François Caron : Oh oui ! À l’époque de ma naissance, en 1957, très peu d’enfants naissaient en maternité, et je suis né dans la maison des grands-parents, rue Thiers. J’ai grandi à Loos-en-Gohelle, je me suis marié à Loos-en-Gohelle, je vis et je crois que je mourrai à Loos.
Quand on vient à Loos, comme je l’ai fait il y a quelques années, on ne peut évidemment manquer l’imposante présence des deux terrils jumeaux qui dominent cette ville. Il faut dire qu’ils sont les plus hauts d’Europe, avec un sommet qui approche 190 mètres de hauteur. Comment présenteriez-vous Loos ?
C’est une petite ville de 7 000 habitants, avec sept puits de mine et huit terrils. L’activité minière a donc marqué la totalité du paysage. Entre 50 et 60 % des gens ne paient pas l’impôt sur le revenu, mais à Liévin, qui est tout proche, on est proche des 70 %. Nos taux de chômage et de RMI sont ceux du bassin minier, c’est-à-dire très élevés, avec une population assez peu formée. Les communes minières ont 40 % de recettes en moins que les communes de même taille ailleurs en France. Nous avons moins d’argent pour traiter beaucoup plus de problèmes qu’ailleurs. Car on doit faire face aux affaissements miniers, aux pollutions, avec un prix de l’eau qui est, du même coup, fort cher. Et il nous faut également dépenser beaucoup pour la réfection des cités minières. En face, nos recettes fiscales restent faibles. Surtout à Loos, où mon père avait refusé l’installation de grandes surfaces.
Voilà une belle transition, car vous appartenez à une singulière famille d’élus municipaux. On peut dresser une liste ?
Du côté paternel, mon arrière-grand-père Jean Caron a été maire de Loos avant la guerre. Il était si têtu que, bien que destitué par les Allemands, il venait sous les fenêtres du maire collabo, les jours de permanence en mairie, avec deux chaises. Il continuait à consulter la population, sous l’œil de l’occupant. Son petit-fils, mon père Marcel, a été maire pendant quatre mandats à Loos. C’est un chrétien de gauche, qui a inscrit sa démarche dans ce qu’on appelait le socialisme autogestionnaire. Il avait participé à la création de la CFDT et d’une entreprise coopérative – du type Scop, où une personne ne pèse que sa voix – qui existe encore, l’Imprimerie artésienne. Il a beaucoup oeuvré dans le mouvement coopératif au niveau national, et dès avant cela, il avait joué un rôle important dans le mouvement des Scouts, aux plans régional et national. Je lui dois énormément, car c’est lui, ici, qui a donné la priorité à l’autonomie des personnes, à la citoyenneté active. Souvent la classe politique locale préférait les structures pyramidales, verticales, pour ne pas dire militaires.
La suite de l’article dans les Cahiers N°5